LES ARTISTES
JORIS GHILINI
Face aux multiples images qui interrogent chaque jour nos émotions et nos regards inconscients, l’art propose depuis toujours et plus encore aujourd’hui, une vision plus complexe, plus forte, parfois plus poétique, souvent plus perturbante. Je ressens ce besoin d’interroger les « icônes », dans la droite ligne de très nombreux créateurs du XXe siècle, afin de proposer, par un décalage propre à mon écriture picturale, une réinterprétation des clichés, archétypes et autres « chocs » esthétiques
Pourquoi les revisiter?
Pourquoi se fondre et parfois gratter dans la chair même de tous ces « déjà-vus », plusieurs fois repris à travers d’autres pinceaux, dans un acte à la fois de vénération, de colère et de sensualité ?
Parce qu’il est de ma responsabilité et de mon désir d’artiste de libérer ces images.
De les libérer, mais aussi de les singulariser à la manière dont intuitivement je les ai vécues, qu’elles m’aient enfermé ou interrogé malgré moi.
Trois étapes forment alors la base de mon travail de plasticien :
- l’intensification
- la fragilisation
- l’insatisfaction
L’émotion qui émane d’une image me pousse à la
traduire d’une manière intuitive, laissant derrière moi toutes notions de savoir, ou encore d’idées préconçues qui s’en détachent.
Je m’emploie à intensifier cette émotion, afin de faire resurgir l’essentiel du sujet traité et de livrer
ce que je pourrais appeler une image singulière.
Ainsi, je n’hésite pas à renverser le mythe,le héros ou le sacré, à le démystifier, le détourner, le fragiliser pour raconter une nouvelle histoire.
Cette fragilisation représente pour moi un moyen d’expression, une tentative d’entrer en communication avec le sujet et de faire partager
ce qui m’obsède.
La notion d’insatisfaction me pousse alors à produire, à reproduire et à revenir incessamment sur mes réalisations, induisant l’idée même du palimpseste.
Cette étape revêt l’allure d’une avancée dans la progression, c’est à dire celle d’un incessant « work in progress ».
De couches en couches, l’image se dissout selon que je lacère, découpe, déchire la toile ou le papier.
Puis dans sa fragilité et dans la constante frustration du parfait impossible, je pose des matières inertes et pourtant vivantes, matières de ville et fragments publicitaires, mortier, pigments, papier marouflé.

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